2003

Alain Authier, un professionnel du voyage de Québec, a une idée folle. Celle de faire peindre sa nouvelle machine à café expresso [italienne] qu’il trouve esthétiquement plutôt terne. De plus, il a l’ambition que ce soit le peintre Claude LeSauteur lui-même qui exécute le travail... Le hic parmi d’autres, c’est qu’il ne connaît pas vraiment l’artiste à cette époque. Par le rebond de quelques contacts, il le rencontre enfin.

C’est cordial, voire amical, mais la réponse est non. Claude LeSauteur est encore sur les secousses (subit encore les secousses) du travail colossal qu’a été la réalisation de l’oeuvre monumentale [à plusieurs volets] commandée par M. Paul Desmarais pour la salle du conseil d’administration de Power Corporation du Canada, à Montréal. Un projet qui a mobilisé tout son temps et toute son énergie pendant plusieurs années. Alors, la machine à café…

Mais Alain Authier ne lâche pas prise. Il refait ses devoirs, continue sa réflexion et revient à la charge quelques mois plus tard avec l’idée, cette fois-ci, de peindre une oeuvre originale de Claude LeSauteur sur une Porsche 911. L’idée fait son chemin, quelques mois plus tard, le projet démarre… sur ses quatre roues.

Du 2D au 3D

Le projet une fois terminé comptera huit Porshes 911, peintes par autant d’artistes. Jusqu’à maintenant, quatre sont achevées, outre celle de Claude LeSauteur, réalisée en 2006, celles de Jean-Pierre Lafrance, Dominic Besner et Marcel Barbeau.

Chacune de ses oeuvres une fois exécutée [spécialement pour le projet] a ensuite été reproduite [et terminée en 2013] avec brio par Yves Thibault, un véritable magicien, spécialiste en peinture automobile ! « C’est un grand défi et tout un casse-tête », assure le principal intéressé. Il y a tout un travail de déformation pour arriver à faire épouser l’oeuvre aux formes singulières de l’automobile, tout en respectant le travail original de l’artiste.

Une des difficultés que M. Thibault a à résoudre [et non la moindre ] repose sur la nécessaire adaptation d’une oeuvre de deux dimensions en trois dimensions.

Va toujours pour des oeuvres réalisées en aplat, comme celles de Claude LeSauteur et de Marcel Barbeau, malgré que le défi demeure bien réel, cependant, si on ajoute la présence des textures, des taches et du geste, comme ceux présents dans les tableaux de Jean-Pierre Lafrance et de Dominic Besner, la pression est très forte sur les épaules d’Yves Thibault. « Je travaille un maximum de six heures par jour, après, je dois arrêter, je suis complètement vidé. J’utilise différents moyens, pinceaux, doigts, feutres, aérographie (airbrush), pour arriver à adapter dans le plus grand respect la facture de l’oeuvre originale. »

Vous aimeriez sans doute connaître le nombre d’heures nécessaires pour arriver au résultat final ?

Beaucoup !, affirme-t-il sans préciser le nombre. Et les artistes ont tous été subjugués par le rendu. « Je travaille sans ordinateur. Que mes mains et mes yeux ».

Il y a aussi les couleurs, il faut les trouver. Généralement, il travaille du plus clair au plus foncé et revient des dizaines et des dizaines de fois avant d’obtenir entière satisfaction.

Une fierté contagieuse

Une des grandes qualités de ce projet repose sur la fierté que tous les intervenants ressentent en voyant les voitures. Claude LaSauteur, qui était littéralement émerveillé par le résultat en 2004, ne tarissait pas d’éloges sur les capacités et la dextérité d’Yves Thibault.

Anecdote.

Une fois la Porsche à M. LeSauteur terminé, l’artiste dit à Alain Authier, « amène moi ta machine à café, je vais te la faire! » Ce sentiment de fierté est pleinement partagé par le premier intéressé. « Je fais ce métier depuis plus de 34 ans. Avant le projet d’Alain, j’ai surtout fait des motos, quelques hélicoptères et des bateaux. Mais avec les Porsche [une auto que je n’aimais pas particulièrement avant et que maintenant j’adore], mon approche a changé, ça m’a permis d’aller encore plus loin, de hausser le niveau de qualité dans mon travail. »

Au printemps dernier quand « sa » Porsche eut été terminée, Jean-Pierre Lafrance était surpris, voire estomaqué, par les prouesses techniques de M. Thibault. Le même Yves Thibault, Alain Authier et Claude LeSauteur engouement pour Marcel Barbeau, qui, au début de novembre dernier, s’est rendu à la remise de son Prix Paul-Émile Borduas 2013 avec « sa » Porsche.

Dominic Besner a été pour sa part poussé vers le projet par la conjointe de Claude LaSauteur.

Après sa rencontre avec Alain, l’affaire était conclue. « C’est un visionnaire et il voit très loin… » Alain Authier partage bien entendu cet enthousiasme généralisé, d’autant qu’il est aussi très attentif aux regards des spectateurs, de ceux, connaisseurs ou pas en art ou en automobile, qui découvrent pour la première fois l’une ou l’autre des Porsche de la série. Ça scintille.

Fin 2015

Les huit oeuvres sur roues seront terminées d’ici 2015, moment où Alain Authier souhaite les présenter ensemble et pas qu’au Québec, puisque le projet compte sur la participation de quelques artistes mondialement connus, mais dont les noms estent à déterminer, au moment d’écrire ces lignes.
À suivre donc...

source: Magazine Parcours

Porsche 911